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Temps de lecture : 5 minutes

Hello à tous 👋

Cette semaine, l'IA est entrée dans les décisions concrètes. Mardi, après un piratage qui a exposé les données de 678 000 contribuables, Bercy a annoncé qu'il confierait à Mistral l'audit de sécurité de ses propres systèmes. Le ministre chargé du budget a été explicite : cela exclut OpenAI.

Le même mardi, Anthropic sortait un chiffre inédit, 65 milliards de dollars de revenus annualisés, sept fois plus qu'un an plus tôt, avec un dossier d'entrée en Bourse déjà déposé. OpenAI ouvrait deux fronts nouveaux : une version protégée pour les 13-17 ans, et le déploiement dès lundi de sa régie publicitaire dans 31 pays européens. Et pendant que ces annonces tombaient, xAI d'Elon Musk mettait son modèle Grok en vente sur la place de marché de Google Cloud.

Bonne lecture.

// SOUVERAINETÉ · FRANCE

🔒 Bercy exclut OpenAI et appelle Mistral pour trouver ses failles

Le ministère de l'Économie et des Finances à Bercy, Paris. Photo : Wikimedia Commons (CC0)

Mardi 18 août, à la sortie du Conseil des ministres, le ministre chargé du Budget David Amiel a annoncé un tournant technologique pour l'État : les systèmes informatiques de l'administration seront soumis à des audits offensifs pilotés par des intelligences artificielles françaises. Il a cité Mistral AI par son nom, et ajouté sans ambiguïté : « cela exclut OpenAI ». Mistral, c'est le laboratoire parisien fondé par d'anciens chercheurs de Meta et Google, aujourd'hui valorisé plus de 12 milliards d'euros et présenté comme le champion européen de l'IA générative. La Direction interministérielle du numérique (Dinum), qui pilote les grands chantiers informatiques de l'État, doit avoir les premiers outils opérationnels dès septembre.

L'annonce intervient trois semaines après une série d'intrusions à la Direction générale des Finances publiques (le fisc français), qui a exposé les données personnelles et fiscales de 678 000 contribuables via des identifiants d'agent usurpés, et revendiquée à la mi-août par un attaquant. Le message envoyé aux fournisseurs américains est explicite, autant pour un responsable de service public que pour un dirigeant d'entreprise privée qui hésite : la souveraineté quitte le registre du discours commercial pour rejoindre celui des cahiers des charges. Les grands comptes qui préparent leurs contrats IA d'automne peuvent s'attendre à des clauses beaucoup plus strictes sur la localisation des modèles et l'origine du fournisseur.

// FINANCE · MONDE

💰 Anthropic passe la barre des 65 milliards de revenus annualisés et prépare son entrée en Bourse

Le 17 août, Bloomberg puis TechCrunch ont révélé un chiffre communiqué en interne par Anthropic à ses investisseurs. Le laboratoire américain, éditeur du modèle Claude et fondé par d'anciens responsables d'OpenAI (dont Dario et Daniela Amodei), tourne désormais à un rythme de 65 milliards de dollars de revenus annualisés (l'indicateur qui projette sur douze mois les recettes des derniers mois). C'est sept fois plus qu'à la fin 2025, et déjà nettement au-dessus du rythme d'OpenAI. Le dossier d'entrée en Bourse a par ailleurs été déposé confidentiellement, avec Morgan Stanley, Goldman Sachs et JPMorgan aux manettes, pour un premier cours attendu à l'automne.

Cette accélération éclaire d'un coup la valorisation de 965 milliards de dollars atteinte par Anthropic au tour de mai, jugée à l'époque déraisonnable par une partie du marché. Pour les grands fonds, la lecture est simple : dans les grands modèles générateurs de texte, quelques acteurs se partagent l'essentiel du marché, et celui qui capte le plus vite les clients d'entreprise emporte une part disproportionnée de la valeur. Pour les équipes qui négocient aujourd'hui un contrat Claude, le rapport de force a nettement changé depuis six mois, et la marge de négociation qu'elles avaient au printemps s'est évaporée avec.

// PRODUIT · MONDE

👦 OpenAI lance ChatGPT pour les 13-17 ans, avec contrôles parentaux et mode d'apprentissage

Le 18 août, OpenAI a commencé à déployer une version dédiée de son assistant conversationnel ChatGPT pour les adolescents, avec un rollout mondial étalé sur deux semaines. Quand ChatGPT estime que son interlocuteur a moins de 18 ans, ou quand l'utilisateur déclare avoir entre 13 et 17 ans, il bascule automatiquement sur cette version restreinte : filtres renforcés sur l'automutilation, le contenu sexuel et les échanges romantiques, désactivation par défaut de la mémoire conversationnelle, et arrivée d'un mode d'apprentissage guidé avec quiz, visualisations et rappels de devoirs.

C'est la première fois qu'OpenAI livre des contrôles parentaux à part entière. Un parent peut associer son compte à celui de son adolescent, définir des plages horaires d'utilisation, recevoir des alertes en cas de risque sérieux, sans jamais lire les conversations. L'annonce arrive quelques semaines après plusieurs procès intentés par des familles américaines qui accusent ChatGPT d'avoir aggravé la détresse mentale de leur enfant. Pour un dirigeant, deux lectures utiles : côté opportunité, le grand public familial devient un segment officiel, donc facturable ; côté risque, dans l'éducation, la santé ou tout usage grand public de modèles IA, la charge de la preuve sur la protection des mineurs vient de monter d'un cran.

// PARTENARIATS · MONDE

🤝 Grok débarque sur Google Cloud : Musk et Pichai vendent ensemble

Le 21 août, xAI, la société d'intelligence artificielle fondée par Elon Musk en 2023 et éditrice du modèle Grok, a mis son dernier modèle Grok 4.6 en vente sur Vertex AI. Vertex AI, c'est la place de marché de modèles d'IA de Google Cloud, celle où les développeurs choisissent entre les modèles Gemini de Google, Claude d'Anthropic, Llama de Meta et quelques autres. Grok y arrive avec une fenêtre de contexte de 500 000 tokens (l'unité de facturation des IA, à peu près trois quarts de million de mots), ce qui permet d'ingérer d'un coup un manuel technique entier, et pour un tarif de 2 dollars par million de tokens en entrée, 6 dollars en sortie.

L'histoire est doublement inattendue. Musk poursuit toujours OpenAI en justice, il a lancé sa propre alternative à Wikipédia, et il n'était pas le premier candidat pour distribuer via Google. De l'autre côté, Google a bâti tout son argumentaire commercial 2026 sur son duo modèle plus infrastructure intégré, et accepte d'installer chez lui le modèle d'un concurrent frontal. Pour Google, le calcul est explicite : garder les équipes techniques dans son cloud, quel que soit le modèle qu'elles préfèrent. Les grands acheteurs d'IA en entreprise n'ont plus à trancher entre trois environnements techniques distincts, ils commandent tout depuis le même comptoir.

🧠 En Bref

01

💶 Les publicités arrivent dans ChatGPT en Europe : dès ce lundi 24 août, OpenAI déploie sa régie publicitaire dans 31 pays dont la France. Les annonces s'affichent sous la réponse du chatbot pour les comptes gratuits, sans personnalisation pour respecter le règlement européen sur la protection des données ; les comptes payants et les mineurs restent épargnés. OpenAI

EUROPE

02

🔌 Google donne son protocole d'agents à une fondation neutre : Agent2Agent, la norme technique conçue par Google Cloud pour faire dialoguer des agents IA de différents éditeurs, rejoint la Linux Foundation. Elle s'y range à côté de MCP, la norme équivalente déposée par Anthropic il y a un an. L'industrie s'accorde enfin sur une plomberie commune. Linux Foundation

MONDE

03

🐫 Alibaba pousse Qwen3.8-27B, son dernier modèle open source : sorti le 14 août, ce modèle multimodal (texte, image, vidéo) tient sur une carte graphique grand public une fois compressé, et a été téléchargé plus de trois millions de fois en trois jours. La cadence chinoise en modèles ouverts ne ralentit pas. Cybernews

CHINE

04

🇧🇷 Le Brésil met 444 millions de dollars sur l'IA nationale : le plan annoncé le 21 août mêle infrastructures américaines et chinoises. 251 millions vont à un projet avec les groupes chinois Huawei et iFlytek à Rio de Janeiro, 193 millions à un supercalculateur cofourni par Nvidia dans le Rio Grande do Norte. Brasilia joue les deux entrées à la fois. Al Jazeera

AMÉRIQUE

05

🏢 13 agents IA en moyenne par entreprise, contre 5 début 2025 : l'indice publié par Salesforce (l'éditeur américain du logiciel de gestion commerciale du même nom) montre que le parc d'agents installés a presque triplé en dix-huit mois. La pression bascule maintenant sur la gouvernance de ces flottes. AI Agent Store

MONDE

// L'OUTIL DE LA SEMAINE

☄️ Comet, le navigateur IA de Perplexity qui travaille pendant que vous lisez.

Vous ouvrez une trentaine d'onglets pour préparer un rendez-vous client, Comet les résume tous en dix lignes, écrit le brief, remplit le formulaire de prise de contact et prépare le mail de suivi. C'est ce que Perplexity appelle un « navigateur agentique » : un Chrome qui parle à un assistant IA capable d'agir sur les pages ouvertes, pas seulement de discuter à côté. Longtemps réservé aux abonnés Pro, il est passé gratuit en octobre 2025 et disponible sur Mac, Windows, Android et iOS depuis mars 2026. La courbe d'apprentissage tient en une demi-heure, le gain de temps est immédiat sur toute veille ou tout brief à préparer.

// LE FOCUS · BOURSE

📊 Le Focus : Snowflake, l'entrepôt de données dans lequel les agents IA vont piocher

Le business. $SNOW ( ▼ 2.51% ) Snowflake est un éditeur de logiciels américain fondé en 2012 à San Mateo, en Californie, par deux ingénieurs français, Benoît Dageville et Thierry Cruanes (deux anciens d'Oracle), avec le Néerlandais Marcin Zukowski. Il vend un entrepôt de données dans le cloud, l'endroit où les grandes entreprises rangent, croisent et interrogent l'intégralité de leurs données (clients, ventes, capteurs, logs, appels au support) pour en tirer des tableaux de bord ou nourrir des modèles d'IA. Sa particularité, à l'époque radicale, a été de séparer le stockage du calcul, ce qui permet de payer à l'usage et de démarrer petit. Le facturé se compte aujourd'hui en milliards de dollars par trimestre, avec plus de la moitié des nouvelles ventes tirées par des cas d'usage IA.

La semaine. Snowflake publie ses résultats du deuxième trimestre fiscal le 2 septembre, soit huit jours après cette édition. Le consensus des analystes cible une croissance du chiffre d'affaires produit supérieure à 25 %. Le suspense se joue ailleurs : sur l'adoption de Cortex, la couche d'agents IA que Snowflake vend en surcouche à son entrepôt, et sur la façon dont l'entreprise résiste à son concurrent direct Databricks, qui pousse une architecture rivale plus orientée vers les équipes d'ingénieurs.

Où ça peut aller. Le pari en une phrase : plus les entreprises déploient d'agents IA, plus ces agents ont besoin d'une source unique de vérité pour agir sans se tromper, et cette source s'appelle aujourd'hui souvent Snowflake ou Databricks. Le risque connu : une valorisation encore tendue, et un Databricks toujours privé qui met la pression sur les prix. Les résultats du 2 septembre serviront de thermomètre à tout le secteur de l'IA en entreprise.

Ce contenu est informatif uniquement, et ne constitue pas un conseil en investissement.

// CONTENU DE LA SEMAINE

📕 Nexus, le livre de Yuval Noah Harari (Albin Michel, 2024).

Le sujet exact de l'édition de cette semaine, en 500 pages : à qui appartient l'information quand une machine décide de ce que vous voyez, et pourquoi les États commencent à considérer leur fournisseur d'IA comme un choix de politique étrangère. L'historien qui avait écrit Sapiens revisite ici toute l'histoire humaine à travers ses réseaux d'information, de la parole au ChatGPT, et pose la question posée cette semaine par Bercy sans la dire ainsi : qui contrôle le contrôleur ? Best-seller mondial à sa sortie, il se lit vite pour un livre de cette ambition. Le meilleur cadeau à faire à un membre de comex qui doute encore que le sujet mérite deux heures de son agenda.

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Stop making AI decisions in the dark.

Leadership is asking: are we getting value from AI? Which tools are worth the spend? Where are we exposed? Right now, most teams have no idea.

You get a complete picture of how your organization uses AI, automatically categorized into custom tasks and use cases.

You’ll see the projects being worked on, who’s using what tools, where AI investments are driving value, and where employees are engaging in risky behavior.

CIOs can rationalize spending and cut wasted licenses. CISOs can pinpoint where risk exists and neutralize it. AI committees can show exactly how their efforts are paying off.

Olivier d'Incroyable.ai

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